Il y a dans presque toutes les salles de bain belges un paquet de lingettes sur l’étagère. Lingettes pour bébé, lingettes démaquillantes, lingettes désinfectantes, lingettes dites « flushables », leur variété est infinie. Et pourtant, une grande majorité d’entre elles finissent au même endroit : dans la cuvette des WC, tirée d’un geste qui semble anodin.

Ce geste n’a rien d’anodin. En Belgique, le coût annuel du débouchage et des réparations causés par les lingettes jetées dans les toilettes est estimé à 3 millions d’euros. Ce montant se répercute directement sur la facture d’eau de chaque citoyen belge. Et ce ne sont pas les seuls coupables. Cotons-tiges, protections hygiéniques, médicaments, huiles de cuisson : les canalisations et les stations d’épuration du pays ingurgitent chaque jour des objets qu’elles ne sont absolument pas conçues pour traiter.

Comment fonctionne le réseau d’évacuation des toilettes ?

Pour comprendre pourquoi certains objets posent problème, il faut d’abord saisir ce que le réseau d’assainissement est réellement capable de traiter. Les canalisations reliées aux toilettes sont conçues pour véhiculer deux types de matières uniquement : les excréments humains et le papier toilette. Ces deux éléments partagent une caractéristique essentielle : ils se désintègrent rapidement dans l’eau, en quelques secondes à quelques minutes, sans laisser de résidu fibreux ou solide capable de s’accumuler dans les conduites.

Tout ce qui ne répond pas à ce critère de désintégration rapide va, tôt ou tard, s’accrocher aux parois des tuyaux, s’enrouler autour des pompes des stations d’épuration, ou s’agglomérer avec les graisses pour former des bouchons compacts.

Les lingettes « biodégradables » sont-elles sans danger pour les canalisations ?

C’est la question que tout le monde se pose en lisant les emballages, et la réponse est presque toujours non, quelle que soit la mention imprimée dessus.

Les lingettes classiques (démaquillantes, désinfectantes, pour bébé) sont fabriquées à partir de fibres synthétiques : polyester, viscose, ou un mélange des deux. Ces matières ne se désintègrent pas dans l’eau. Elles conservent leur structure fibreuse pendant des heures, voire des jours, bien après avoir été tirées dans la chasse d’eau. Elles progressent dans les canalisations, s’accrochent aux aspérités, s’enroulent les unes autour des autres et forment des accumulations denses qui finissent par obstruer les conduites.

Les lingettes dites « biodégradables » sèment la confusion auprès des consommateurs de bonne foi. Une lingette biodégradable finira effectivement par se décomposer, mais pas dans le délai nécessaire pour traverser un réseau d’assainissement sans y créer de dommages. La biodégradation est un processus qui peut prendre plusieurs semaines dans les conditions appropriées. Elle n’a aucune pertinence pour l’évaluation du comportement d’une lingette dans les quelques dizaines de mètres de canalisation qui séparent la cuvette de vos WC de la station d’épuration.

Les lingettes estampillées « jetables aux toilettes » existent, mais elles doivent répondre à des critères stricts de désintégration rapide, définis par un arrêté royal belge du 18 septembre 2015. Ces critères imposent que la lingette se décompose en très petits morceaux rapidement après son introduction dans les eaux usées. Dans la pratique, les experts des intercommunales d’assainissement belges (AQUAWAL, Igretec, IDEA) constatent que même ces produits posent régulièrement des problèmes, notamment parce que les tests de désintégration s’arrêtent juste après la canalisation des WC et ne simulent pas les conditions réelles de l’ensemble du réseau.

La règle la plus sûre reste donc la même pour toutes les lingettes, sans exception : elles vont à la poubelle, jamais dans les toilettes.

Quels autres objets ne faut-il jamais jeter dans les toilettes ?

Au-delà des lingettes, de nombreux objets du quotidien se retrouvent régulièrement dans les toilettes belges, parfois par ignorance, parfois par commodité. Voici ceux qui causent le plus de dégâts.

Les cotons-tiges sont particulièrement insidieux. Leur petit format donne l’impression qu’ils s’évacuent sans problème. En réalité, leurs tiges en plastique (ou même en papier, plus rigides qu’on ne le croit) s’accumulent dans les grilles des stations d’épuration et forment des enchevêtrements difficiles à démêler mécaniquement.

Les protections hygiéniques et les tampons sont conçus pour absorber et retenir les liquides, autrement dit, pour ne surtout pas se dissoudre dans l’eau. Une fois dans la canalisation, ils gonflent, restent intacts et créent des obstructions majeures. Ils figurent parmi les objets les plus fréquemment retrouvés lors des débouchages professionnels.

Les préservatifs, fabriqués en latex ou en caoutchouc synthétique, ne se dégradent pas dans l’eau. Ils progressent dans les réseaux sous leur forme entière, s’enchevêtrent avec d’autres déchets et contribuent à la formation de bouchons.

Les médicaments périmés ne doivent jamais être jetés dans les WC. Ils ne créent pas de bouchons mécaniques, mais leur impact environnemental est sévère : les molécules actives qu’ils contiennent ne sont pas éliminées par les stations d’épuration conventionnelles et se retrouvent dans les cours d’eau, perturbant les écosystèmes aquatiques et potentiellement la chaîne alimentaire. En Belgique, les médicaments périmés doivent être rapportés en pharmacie, qui se charge de les faire traiter par une filière spécialisée.

Les couches pour bébé sont volumineuses et composées de polymères superabsorbants qui gonflent considérablement au contact de l’eau. Leur introduction dans les toilettes est susceptible de provoquer un bouchon immédiat, souvent irrécupérable sans intervention professionnelle.

Les mégots de cigarettes contiennent des filtres en acétate de cellulose (un plastique qui met des années à se décomposer) imprégnés de centaines de substances chimiques toxiques (nicotine, goudrons, métaux lourds). Jetés dans les toilettes, ils polluent les eaux usées et les cours d’eau en aval.

Les restes alimentaires et les huiles de cuisson méritent une mention particulière. L’huile et les graisses alimentaires ne créent pas de bouchons immédiats, mais elles se solidifient en refroidissant sur les parois des canalisations. En s’associant aux lingettes et autres fibres présentes dans le réseau, elles forment des concrétions graisseuses particulièrement résistantes qui peuvent obstruer des tronçons entiers de canalisation et nécessitent un hydrocurage à haute pression pour être éliminés.

Les restes de peinture et les solvants sont corrosifs pour les canalisations et hautement toxiques pour les micro-organismes qui permettent aux stations d’épuration de fonctionner. Ils doivent être déposés en déchetterie.

Comment une lingette ou un objet inadapté provoque-t-il un bouchon dans les canalisations ?

Le processus est progressif et souvent invisible pendant longtemps. Une seule lingette qui passe ne crée généralement pas de problème immédiat. Mais les lingettes, comme les autres objets inappropriés, ont une propriété commune : elles s’accrochent à tout ce qu’elles rencontrent.

Dans un tuyau, elles se fixent aux aspérités des parois, aux changements de direction, aux joints légèrement décalés. Elles retiennent ensuite les graisses, les résidus de savon, les cheveux, les autres débris. La masse grossit progressivement, réduisant la section utile de la conduite, ralentissant l’écoulement, retenant davantage de dépôts. Des semaines ou des mois plus tard, le bouchon est total et son élimination nécessite une intervention professionnelle.

Dans les réseaux collectifs et les stations d’épuration, le problème est encore plus aigu. Les lingettes s’enroulent autour des rotors des pompes de relevage, provoquant des pannes mécaniques coûteuses. Elles bouchent les grilles de dégrillage, obligeant les techniciens à intervenir manuellement dans des conditions difficiles. Ces interventions représentent des millions d’euros de coûts annuels supportés par les intercommunales belges et répercutés sur la facture d’eau.

Que peut-on mettre dans les WC sans risquer de boucher les canalisations ?

La liste est très courte, et c’est précisément ce qui la rend facile à retenir :

Le papier toilette est la seule matière solide conçue spécifiquement pour être jetée dans les WC. Il se désintègre en quelques secondes dans l’eau et ne laisse aucun résidu fibreux dans les canalisations. Il faut cependant veiller à ne pas en utiliser des quantités excessives en une seule chasse, ce qui peut provoquer un bouchon mécanique temporaire.

Les excréments humains et l’urine sont évidemment les seules autres matières auxquelles le réseau d’assainissement est destiné.

C’est tout. Deux catégories, pas une de plus.

Que faire quand les toilettes sont bouchées ?

Si vous constatez un écoulement lent ou un bouchon complet dans vos toilettes après qu’un objet inadapté y a été jeté, plusieurs règles s’appliquent.

Ne pas insister avec la chasse d’eau : multiplier les chasses risque de faire déborder la cuvette et d’aggraver la situation en repoussant l’obstruction plus loin dans le réseau, là où elle sera plus difficile à atteindre.

Ne pas utiliser de produits chimiques : les déboucheurs chimiques du commerce sont inefficaces sur les lingettes et les objets fibreux. Ils peuvent en revanche endommager les canalisations en PVC ou attaquer les joints, créant de nouveaux problèmes.

Appeler un professionnel : un technicien spécialisé dispose des outils adaptés localiser et éliminer l’obstruction sans endommager les conduites. Une inspection caméra préalable permet de visualiser exactement la nature et la localisation du bouchon avant toute intervention mécanique.

Chez Débouchage Bravo, nous intervenons 7j/7 pour les bouchons causés par des lingettes ou d’autres corps étrangers dans les canalisations bruxelloises et environnantes. Un constat professionnel avec rapport d’intervention est remis à l’issue de chaque déplacement.

La règle d’or pour protéger vos canalisations et l’environnement

Retenir ce qu’on peut jeter dans les toilettes est l’une des habitudes les plus simples et les plus impactantes que l’on puisse adopter pour son logement et pour l’environnement. Papier toilette et excréments : oui. Tout le reste : à la poubelle.

Chaque lingette jetée dans la bonne poubelle, ce sont quelques centimes économisés sur la facture d’eau collective, une canalisation qui dure plus longtemps, et une station d’épuration qui fonctionne mieux pour tout le monde.